RE2020 : le décret du 18 mars 2026 assouplit les exigences pour les surélévations et les IGH
Un décret passé sous le radar, mais lourd de conséquences
Le 20 mars 2026, deux textes sont parus au Journal officiel : le décret n°2026-200 et un arrêté du même jour, tous deux datés du 18 mars 2026. Leur objet : modifier les exigences de performance énergétique et environnementale des constructions de bâtiments en France métropolitaine, dans le cadre de la RE2020. Dit comme ça, ça semble technique et abstrait. Dans les faits, c'est un virage pragmatique qui va changer la donne pour beaucoup de chantiers.
Ces textes s'inscrivent dans l'esprit du rapport Rivaton, remis au gouvernement fin 2025, qui pointait un décalage croissant entre les ambitions environnementales de la RE2020 et la réalité du terrain. Certains seuils étaient tout simplement inatteignables sans exploser les budgets. Le décret corrige le tir. Pas un recul, plutôt un ajustement réaliste.
Rappel express : la RE2020, c'est quoi ?
La Réglementation Environnementale 2020, entrée en vigueur le 1er janvier 2022 pour les logements neufs, fixe des exigences sur trois axes : la performance énergétique du bâtiment (consommation, confort d'été), l'empreinte carbone de la construction et du fonctionnement, et le confort des occupants. Depuis, son périmètre s'est progressivement élargi aux bureaux, aux bâtiments d'enseignement, et plus récemment aux bâtiments tertiaires spécifiques et industriels.
Pour les artisans et entreprises du bâtiment, la RE2020 a imposé de repenser les pratiques : choix des matériaux, systèmes de chauffage et de refroidissement, isolation, ventilation. Tout est passé au crible du bilan carbone. Et c'est là que ça se complique quand on doit intervenir sur de l'existant.
Ce que change le décret n°2026-200 : les 4 points clés
1. Les surélévations enfin traitées à part
C'est probablement la mesure la plus attendue par les professionnels du bâtiment. Jusqu'ici, une surélévation d'immeuble — par exemple, ajouter un ou deux étages sur un immeuble existant — devait respecter les mêmes exigences RE2020 qu'une construction neuve. Sur le papier, logique. Dans la pratique, aberrant.
Prenons un cas concret. Un promoteur veut surélever un immeuble de bureaux des années 1980 à Marseille pour y créer 4 logements. La surélévation fait 120 m². Avec les anciennes règles, il devait atteindre les mêmes seuils carbone qu'un immeuble neuf de 3 000 m². Sauf que quand vous construisez au-dessus d'une structure existante, vous êtes contraint par les fondations, les descentes de charges, les accès. Vous ne pouvez pas utiliser n'importe quel matériau. Le béton est parfois la seule option structurelle viable, même s'il est plus carboné que le bois.
Le décret n°2026-200 introduit une dérogation pour les surélévations neuves (hors maisons individuelles) d'une surface inférieure à 150 m² ou à 30 % de la surface de référence du bâtiment existant. Les exigences sont adaptées pour tenir compte des contraintes techniques réelles. Bref, on sort du dogmatisme.
Si vous êtes artisan ou maître d'œuvre et que vous travaillez sur un projet de surélévation de moins de 150 m², vérifiez dès maintenant les nouveaux seuils applicables. Le décret entre en vigueur le 1er juillet 2026, ce qui laisse trois mois pour adapter les études thermiques en cours. Les permis de construire déposés après cette date devront respecter les nouvelles dispositions.
2. Seuils carbone assouplis pour les immeubles de grande hauteur (IGH)
Les IGH — ces bâtiments dont le plancher bas du dernier niveau est à plus de 28 mètres pour l'habitation ou 50 mètres pour les autres usages — posaient un problème spécifique. Les contraintes de sécurité incendie imposent l'utilisation de matériaux résistants au feu (béton armé, acier) qui ont un bilan carbone élevé. Impossible de construire un IGH tout en bois. Les normes de sécurité incendie et les normes environnementales se marchaient dessus.
Le décret reconnaît enfin cette contradiction et module les seuils de contenu carbone pour les IGH. Les exigences restent ambitieuses, mais elles tiennent compte de la réalité constructive. Un promoteur qui construit une tour de 35 étages n'aura plus à choisir entre respecter la RE2020 et respecter les règles incendie. Les deux deviennent compatibles.
Sur le terrain, j'observe que cette mesure va débloquer plusieurs projets en Île-de-France et dans les grandes métropoles qui étaient en stand-by depuis des mois, faute de pouvoir concilier les deux réglementations.
3. Prise en compte de la hauteur sous plafond réelle
C'est un point technique, mais qui a son importance. Le décret introduit deux nouveaux coefficients — MbHSP et McHSP — qui permettent de moduler les exigences en fonction de la hauteur sous plafond réelle du bâtiment. Jusqu'ici, les calculs étaient basés sur une hauteur standard de 2,50 m. Or, un loft avec 3,50 m sous plafond ou un local commercial avec 4 m de hauteur n'a pas les mêmes besoins énergétiques qu'un logement classique.
Cette correction était réclamée depuis longtemps par les bureaux d'études thermiques. L'expérience montre que l'ancien calcul pénalisait injustement les bâtiments à grande hauteur sous plafond, qui sont pourtant plus confortables et souvent mieux ventilés naturellement.
4. Climatisation et réseaux de chaleur : un assouplissement ciblé
Dernier point notable : le décret module le seuil carbone pour les bâtiments de logements collectifs raccordés à un réseau de chaleur urbain classé et qui installent un système de refroidissement. Autrement dit, si votre immeuble est alimenté par un réseau de chaleur (donc un système de chauffage imposé, que vous ne choisissez pas), vous pouvez installer la climatisation sans être pénalisé outre mesure dans le bilan carbone global.
Avec les épisodes de canicule qui se multiplient, cette mesure est du bon sens. Interdire de fait la climatisation dans des logements neufs orientés plein sud en zone méditerranéenne, sous prétexte que ça dégrade le bilan carbone, revenait à sacrifier le confort d'été sur l'autel de la vertu environnementale. Le décret rétablit un équilibre.
Ce qui ne change pas : les fondamentaux de la RE2020
Qu'on ne s'y trompe pas : ce décret n'est pas un recul généralisé. Les exigences de base de la RE2020 restent inchangées pour la construction neuve standard. Les seuils de consommation énergétique (Cep, Cep_nr), l'indicateur de confort d'été (DH) et les seuils carbone pour les bâtiments courants ne bougent pas.
Les ajustements portent sur des cas spécifiques où l'ancienne réglementation créait des situations absurdes ou des blocages. C'est une approche pragmatique, pas un laisser-aller. Les objectifs de décarbonation du secteur du bâtiment restent ambitieux — et c'est normal, quand on sait que le secteur représente environ 23 % des émissions de gaz à effet de serre en France.
Les nouvelles dispositions s'appliquent aux permis de construire et déclarations préalables déposés à compter du 1er juillet 2026. Les projets en cours avec un permis déjà déposé ne sont pas concernés. Si vous avez un projet de surélévation ou d'IGH dont le permis n'est pas encore déposé, il peut être stratégique d'attendre le 1er juillet pour bénéficier des nouveaux seuils. Parlez-en à votre bureau d'études thermiques dès maintenant.
Impact concret pour les artisans du bâtiment
Beaucoup d'artisans se disent : « La RE2020, c'est l'affaire des promoteurs et des maîtres d'ouvrage, pas la mienne. » C'est une erreur. La RE2020 impacte directement le choix des matériaux et des techniques que vous mettez en œuvre sur le chantier.
Le choix des matériaux
Prenons le cas d'un menuisier-charpentier à Toulouse qui travaille sur des surélévations. Avec les anciens seuils, il était quasi-obligé de proposer des solutions 100 % bois pour respecter le bilan carbone. Ce n'est pas toujours pertinent structurellement, ni même souhaité par le client. Le nouveau décret lui redonne de la flexibilité : il peut proposer des solutions mixtes bois-métal ou bois-béton sans craindre de faire sortir le projet des clous réglementaires.
Pour un plaquiste ou un façadier, l'enjeu est similaire. Les Fiches de Déclaration Environnementale et Sanitaire (FDES) des produits que vous utilisez entrent dans le calcul du bilan carbone. Avec les seuils assouplis pour les surélévations, la pression sur les FDES diminue un peu. Vous avez plus de latitude dans le choix des isolants, des parements, des enduits.
Les études thermiques : anticiper le changement
Si vous êtes maître d'œuvre ou si vous collaborez régulièrement avec des bureaux d'études thermiques, sachez que les logiciels de calcul RE2020 vont devoir être mis à jour pour intégrer les nouveaux coefficients MbHSP et McHSP et les seuils modifiés. Cette mise à jour n'est pas encore disponible chez tous les éditeurs. Renseignez-vous auprès de votre prestataire pour savoir quand la version compatible sera livrée.
Ce que je recommande à mes clients du BTP : n'attendez pas juillet pour vous former sur les nouvelles dispositions. La FFB et la CAPEB organisent des webinaires dès avril 2026 sur le sujet. Trois heures de formation maintenant vous éviteront des semaines de galère plus tard.
Le contexte économique : un signal positif pour le secteur
Le secteur du bâtiment traverse une période compliquée. Les mises en chantier de logements neufs restent à un niveau historiquement bas. Le coût des matériaux a augmenté de 15 à 25 % depuis 2022 selon les filières. Les taux d'intérêt, même s'ils ont légèrement reflué, restent élevés par rapport à la période 2015-2021. Dans ce contexte, tout ce qui réduit les surcoûts liés à la réglementation est bienvenu.
L'assouplissement des exigences RE2020 pour les surélévations va mécaniquement réduire le coût de ces opérations, estimé entre 5 et 12 % selon les configurations. Pour un projet de surélévation de 120 m² en zone urbaine, on parle d'une économie de 15 000 à 40 000 € sur le poste études + matériaux. C'est souvent ce qui fait la différence entre un projet viable et un projet abandonné.
Autrement dit, ce décret n'est pas seulement technique. Il a un impact direct sur le carnet de commandes des artisans et entreprises du bâtiment. Plus de projets viables = plus de chantiers = plus de travail.
Ce qu'il faut retenir
Le décret n°2026-200 du 18 mars 2026 apporte quatre ajustements majeurs à la RE2020 :
- Exigences adaptées pour les surélévations de moins de 150 m² ou 30 % de la surface existante.
- Seuils carbone modulés pour les immeubles de grande hauteur, en cohérence avec les contraintes incendie.
- Prise en compte de la hauteur sous plafond réelle dans les calculs (coefficients MbHSP et McHSP).
- Assouplissement pour les logements collectifs sur réseau de chaleur avec climatisation.
Entrée en vigueur : 1er juillet 2026. D'ici là, formez-vous, mettez à jour vos outils de calcul, et réévaluez vos projets en cours qui auraient pu être bloqués par les anciens seuils. Ce décret ouvre des opportunités. À vous de les saisir.
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