MaPrimeRénov' : le décret du 25 août sort l'isolation, la VMC et les fenêtres du parcours par geste

Un décret publié le 27 août, applicable le 1er septembre

Quatre jours. C'est le délai qu'ont eu les artisans de la rénovation énergétique entre la publication du texte au Journal officiel et son entrée en vigueur.

Le décret n° 2026-822 du 25 août 2026, qui modifie le décret n° 2020-26 du 14 janvier 2020 relatif à la prime de transition énergétique, est paru au JO n° 0199 du 27 août 2026, accompagné de ses arrêtés d'application. Son effet est immédiat au 1er septembre : la quasi-totalité des travaux dits « monogestes » sortent du champ de MaPrimeRénov'.

Sur le terrain, la nouvelle a fait l'effet d'une douche froide. J'ai eu au téléphone un menuisier de Vendée qui avait quatorze devis en attente de signature, dont onze construits autour de l'aide au remplacement de fenêtres. Onze devis à reprendre en quatre jours, au cœur de la période de congés. Voilà à quoi ressemble cette rentrée pour une partie du secteur.

Ce qui sort du parcours par geste

Le décret supprime les forfaits correspondant aux gestes suivants :

Ce qui reste finançable au geste

La liste tient en trois lignes, et ce n'est pas un hasard :

  1. L'installation d'une pompe à chaleur air/eau ou géothermique.
  2. La dépose de cuve à fioul.
  3. Le raccordement à un réseau de chaleur ou de froid.

La logique du gouvernement est assumée : concentrer l'argent public sur la rénovation d'ampleur d'un côté, et sur l'objectif d'un million de pompes à chaleur installées d'ici 2030 de l'autre. Le monogeste isolé, jugé peu efficace sur la consommation réelle des logements, passe à la trappe.

Le point de vigilance immédiat

Tous vos devis en cours qui affichent un montant de MaPrimeRénov' sur un geste supprimé doivent être revus. Un devis qui chiffre une aide qui n'existe plus vous expose à une contestation du client, voire à une action en nullité si l'aide a été déterminante de son consentement. Reprenez vos devis non signés avant d'aller plus loin.

Et les dossiers déjà déposés ?

C'est la question qui revient le plus. La règle qui gouverne ce type de dispositif est celle de la date de dépôt de la demande d'aide. Un dossier déposé et enregistré sur la plateforme de l'Anah avant le 1er septembre 2026 reste régi par le barème en vigueur au moment de son dépôt, sous réserve que le dossier soit complet et que les travaux soient réalisés dans les délais prévus par la décision d'octroi.

Concrètement, si votre client a déposé sa demande le 20 août avec votre devis signé et que l'Anah lui a délivré un accusé de réception, l'aide court. S'il n'a rien déposé et qu'il comptait le faire « à la rentrée », c'est perdu.

Ce que je recommande, et j'insiste : vérifiez dossier par dossier, en demandant à chaque client la copie de son accusé de réception de dépôt. Ne vous fiez pas à un « oui oui, je l'ai fait ». L'expérience montre qu'entre le moment où un particulier crée son compte et celui où il valide réellement sa demande, il se passe souvent plusieurs semaines. Et cette fois, ces semaines coûtent cher.

Un texte contesté jusqu'au bout

Signalons quand même que cette réforme n'a pas fait l'unanimité dans les instances consultatives. Le Conseil national de l'habitat a rendu le 2 juillet 2026 un avis défavorable sur le projet de décret et son arrêté. Cet avis est purement consultatif : le gouvernement pouvait passer outre, et il l'a fait. Les organisations professionnelles de la menuiserie ont saisi le ministre du Logement et le Premier ministre sur les conséquences pour la filière fenêtre. Sans succès à ce jour.

Je le mentionne parce que certains clients vont vous dire « j'ai lu que ce n'était pas encore décidé ». Ça l'est. Le décret est publié, il s'applique.

Ce qui reste dans votre boîte à outils commerciale

Le réflexe naturel, quand une aide disparaît, c'est de considérer que le marché s'effondre. À mon sens, c'est une erreur d'analyse. Il reste plusieurs leviers, et beaucoup d'artisans les sous-utilisent parce que MaPrimeRénov' avait pris toute la place dans le discours commercial.

1. Les certificats d'économies d'énergie

Le dispositif CEE, financé par les fournisseurs d'énergie et non par le budget de l'État, n'est pas concerné par ce décret. L'isolation des combles, la VMC double flux, le poêle à granulés continuent d'ouvrir droit à des primes CEE. Les montants sont inférieurs à ce que versait MaPrimeRénov', mais ils sont loin d'être négligeables : selon les gestes et les revenus du ménage, on parle de quelques centaines à plusieurs milliers d'euros.

Si vous n'avez pas de partenaire CEE identifié, c'est le moment de vous en occuper. Sérieusement.

2. La TVA à 5,5 %

Le taux réduit de 5,5 % sur les travaux d'amélioration de la qualité énergétique des logements de plus de deux ans reste applicable. Attention, une subtilité de calendrier : depuis le 1er septembre 2026, les règles de TVA ont quitté le Code général des impôts pour le Code des impositions sur les biens et services. La référence historique de l'article 278-0 bis A du CGI change de numérotation, avec une tolérance jusqu'au 31 décembre 2027 pour continuer à citer l'ancien article sur vos factures et vos attestations.

Sur un chantier d'isolation à 12 000 EUR HT, l'écart entre 5,5 % et 10 % représente 540 EUR. Ce n'est pas MaPrimeRénov', mais c'est un argument.

3. L'éco-prêt à taux zéro

L'éco-PTZ finance jusqu'à 50 000 EUR de travaux sans intérêts, sur une durée pouvant aller jusqu'à vingt ans. C'est l'outil le plus sous-exploité du secteur. Beaucoup de particuliers renoncent à des travaux non pas parce qu'ils n'en voient pas l'intérêt, mais parce qu'ils n'ont pas la trésorerie. Un artisan capable d'expliquer clairement l'éco-PTZ à son client transforme nettement mieux qu'un artisan qui se contente de tendre un devis.

4. Les aides locales

Régions, départements, intercommunalités, certaines communes : les dispositifs locaux se sont multipliés, et ils sont mal connus. Passez une heure sur le site de votre collectivité et de l'espace conseil France Rénov' de votre secteur. Vous y trouverez souvent de quoi reconstruire une partie du plan de financement.

5. Le basculement vers la rénovation d'ampleur

C'est là que se joue le vrai virage. MaPrimeRénov' parcours accompagné, pour les rénovations permettant un gain d'au moins deux classes énergétiques, reste ouvert et représente des montants d'aide bien supérieurs. Le passage obligé, c'est Mon Accompagnateur Rénov'.

Pour un artisan seul, aller sur ce marché n'est pas évident : il faut coordonner plusieurs corps d'état, produire un audit énergétique, tenir des délais plus longs. Mais c'est aussi là que vont se concentrer les budgets publics pour les années à venir. Ceux qui construisent dès maintenant un réseau de partenaires — un plaquiste, un chauffagiste, un menuisier, un accompagnateur agréé — prendront trois ans d'avance sur les autres.

Cas pratique : reprendre un devis en cours

Prenons un exemple chiffré, celui d'un chantier typique. Un couple de propriétaires en Sarthe, revenus intermédiaires, maison de 1978. Devis établi mi-août : isolation des combles perdus sur 90 m², remplacement de six fenêtres, installation d'une VMC hygroréglable. Total travaux : 21 400 EUR TTC.

Plan de financement initial présenté au client :

Au 1er septembre, ces trois lignes tombent. Le reste à charge passe mécaniquement à 21 400 EUR, soit près de 3 800 EUR de plus. Autant dire que le devis ne sera pas signé en l'état.

La reprise intelligente ? On mobilise les CEE sur l'isolation et la VMC — comptez de l'ordre de 1 000 à 1 400 EUR selon l'offre du partenaire. On vérifie l'aide régionale, qui existe dans plusieurs régions sur la menuiserie. On propose un éco-PTZ pour lisser le reste à charge sur dix ans, ce qui ramène l'effort à environ 150 EUR par mois. Et on pose la question de la rénovation d'ampleur : avec une pompe à chaleur air/eau en plus, le dossier bascule sur le parcours accompagné, avec des aides sans commune mesure.

Résultat ? Le devis n'est pas mort. Il est différent. Et il est probablement plus gros.

Trois réflexes à prendre cette semaine

Premièrement, une revue complète du pipeline commercial. Sortez la liste de tous vos devis non signés qui mentionnent MaPrimeRénov'. Classez-les en deux tas : dossier déposé avant le 1er septembre, et dossier non déposé. Le premier tas continue. Le second doit être rappelé, sans attendre que le client découvre lui-même la nouvelle sur France Info.

Deuxièmement, un appel à chaque client concerné. Pas un e-mail type. Un appel. C'est désagréable, ça prend une journée, et c'est exactement ce qui fera la différence entre un client qui vous garde et un client qui va voir ailleurs en se disant qu'on lui a vendu du vent.

Troisièmement, une clause de révision dans vos futurs devis. Formulez explicitement que les montants d'aides publiques mentionnés sont indicatifs, soumis à l'instruction du dossier et susceptibles d'évoluer selon la réglementation en vigueur à la date de dépôt de la demande. Ça ne fait pas fuir le client sérieux, et ça vous protège la prochaine fois. Parce qu'il y aura une prochaine fois : les règles de la rénovation énergétique ont changé au moins une fois par an depuis 2020.

Bref. Ce décret est un coup dur pour une partie de la filière, en particulier la menuiserie et le poêle à bois. Mais l'artisan qui maîtrise le montage financier complet d'un chantier — CEE, TVA réduite, éco-PTZ, aides locales, rénovation d'ampleur — reste incontournable. Celui qui ne savait vendre que « regardez, l'État vous rembourse » va passer un automne difficile.

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