Liasse fiscale 2025 : 313 nouvelles cases, 4 nouvelles lignes et une échéance au 20 mai 2026
La liasse fiscale la plus remaniée depuis des années
Chaque printemps, les comptables et les chefs d'entreprise font face au même rituel : la liasse fiscale. Mais cette année, le millésime 2025 (à déposer en mai 2026) réserve quelques surprises de taille. L'administration fiscale a remanié les formulaires en profondeur, avec pas moins de 313 nouvelles cases réparties sur les tableaux 2050 à 2059-G (régime réel normal) et 2033-A à 2033-G (régime simplifié). Ajoutez-y 4 nouvelles lignes structurantes — F1, G1, G2 et G3 — et vous comprendrez pourquoi même les experts-comptables chevronnés se grattent la tête.
La date limite ? Le 20 mai 2026 pour les exercices clos au 31 décembre 2025, en incluant le délai de 15 jours calendaires accordé pour la télétransmission. Pas de dépôt papier possible : la télédéclaration est obligatoire, point final.
Pourquoi autant de changements cette année ?
La raison principale tient en un sigle : ANC 2022-06. Le règlement n° 2022-06 de l'Autorité des Normes Comptables, applicable obligatoirement aux exercices ouverts à partir du 1er janvier 2025, modifie en profondeur le traitement comptable des cessions d'immobilisations et, plus largement, la présentation du résultat.
Jusqu'ici, quand vous vendiez un véhicule utilitaire ou un local commercial, l'opération apparaissait en bas du compte de résultat, dans les produits et charges exceptionnels. Le prix de cession allait en produit exceptionnel (compte 775), la valeur nette comptable en charge exceptionnelle (compte 675). C'était un peu artificiel — une cession d'immobilisation n'a rien d'"exceptionnel" pour une entreprise qui renouvelle régulièrement son parc — mais c'était simple.
Le règlement ANC 2022-06 supprime cette logique. Désormais, les cessions d'immobilisations sont ventilées entre le résultat d'exploitation et le résultat financier, selon la nature de l'actif cédé. Et c'est précisément pour isoler ces opérations dans la liasse fiscale que les 4 nouvelles lignes F1, G1, G2 et G3 ont été créées.
Ce règlement s'applique à toutes les entreprises soumises au Plan Comptable Général, quelle que soit leur taille. Il modifie les comptes 675, 775, 687 et 787 (entre autres) et réorganise la présentation du résultat dans le compte de résultat. Si votre expert-comptable ne vous en a pas encore parlé, posez-lui la question. Vite.
Les 4 nouvelles lignes : F1, G1, G2, G3
Ces lignes apparaissent dans les tableaux de détermination du résultat fiscal. Leur rôle est de permettre à l'administration de distinguer clairement les éléments provenant de cessions d'immobilisations du reste de l'activité courante.
Ligne F1 : produits de cession d'immobilisations corporelles et incorporelles
C'est ici que vous déclarez le prix de vente de vos immobilisations non financières cédées au cours de l'exercice 2025. Par exemple, si vous avez vendu un camion-benne pour 18 000 €, ce montant va en F1. Avant, il serait allé en produit exceptionnel dans la ligne dédiée.
Ligne G1 : valeur comptable des immobilisations corporelles et incorporelles cédées
La valeur nette comptable (prix d'acquisition moins amortissements cumulés) de ces mêmes immobilisations. Si votre camion-benne avait été acheté 45 000 € et amorti à hauteur de 30 000 €, la valeur nette comptable est de 15 000 €. Ce montant va en G1.
La plus-value de cession (F1 moins G1, soit 3 000 € dans notre exemple) apparaît donc de manière transparente dans la liasse. L'administration peut la lire directement, sans avoir à la recalculer.
Ligne G2 : produits de cession d'immobilisations financières
Même logique, mais pour les actifs financiers : titres de participation, titres immobilisés de l'activité de portefeuille, prêts cédés. Si votre SARL a vendu des parts dans une filiale, c'est ici.
Ligne G3 : valeur comptable des immobilisations financières cédées
La valeur nette comptable des immobilisations financières cédées. La différence entre G2 et G3 donne la plus ou moins-value sur cessions financières.
En pratique, pour une TPE classique qui a vendu un véhicule ou du matériel dans l'année, seules les lignes F1 et G1 seront renseignées. Les lignes G2 et G3 concernent davantage les PME et ETI qui ont des participations financières.
Les 313 nouvelles cases : où les trouver et comment les remplir
Au-delà des 4 lignes phares, l'ensemble des formulaires a été enrichi. La plupart de ces nouvelles cases découlent de la ventilation plus fine imposée par le règlement ANC 2022-06. Voici les principaux tableaux impactés :
Tableaux 2050 à 2053 (bilan et compte de résultat — régime normal)
Le compte de résultat intègre de nouvelles sous-lignes pour distinguer les éléments courants des éléments liés aux cessions. La structure "exploitation / financier / exceptionnel" est maintenue dans les formulaires fiscaux (l'administration n'a pas voulu tout chambouler d'un coup), mais de nouvelles cases permettent d'isoler les cessions au sein des rubriques existantes.
Tableaux 2054 et 2055 (immobilisations et amortissements)
Des cases supplémentaires détaillent les mouvements de l'exercice : acquisitions, cessions, mises au rebut, transferts entre catégories. L'objectif est de permettre un rapprochement automatique entre le tableau des immobilisations et les nouvelles lignes F1/G1 du compte de résultat.
Tableaux 2033-A à 2033-G (régime simplifié)
Le régime simplifié n'échappe pas à la réforme. Les mêmes lignes F1, G1, G2 et G3 apparaissent, adaptées au format allégé. Si vous êtes en régime simplifié d'imposition (RSI), vous êtes tout aussi concerné.
Si vous utilisez un logiciel de comptabilité pour générer votre liasse fiscale (Sage, Cegid, EBP, Pennylane, Indy, etc.), assurez-vous qu'il a bien intégré les nouveaux formulaires 2026. Les éditeurs ont normalement déployé les mises à jour entre janvier et mars 2026, mais certains logiciels moins connus peuvent avoir pris du retard. Un formulaire obsolète = un rejet par la DGFiP = des pénalités de retard.
Cas pratique : une SARL du BTP qui a vendu un véhicule et du matériel
Pour rendre tout cela concret, prenons le cas de la SARL Dupont Électricité, 8 salariés, clôture au 31 décembre 2025. Au cours de l'exercice, cette entreprise a réalisé deux cessions :
- Un fourgon Renault Master acheté 42 000 € HT en janvier 2022, amorti linéairement sur 5 ans (soit 8 400 €/an). Au 31/12/2025, l'amortissement cumulé est de 33 600 €, la VNC est de 8 400 €. Le fourgon a été vendu 12 000 € HT en octobre 2025.
- Une nacelle élévatrice achetée 15 000 € HT en mars 2023, amortie sur 7 ans (soit environ 2 143 €/an). Au 31/12/2025, l'amortissement cumulé est d'environ 5 960 €, la VNC est de 9 040 €. La nacelle a été vendue 7 500 € HT en décembre 2025.
Voici comment remplir les nouvelles lignes :
- Ligne F1 : 12 000 + 7 500 = 19 500 € (total des prix de cession)
- Ligne G1 : 8 400 + 9 040 = 17 440 € (total des VNC)
- Plus-value nette globale : 19 500 - 17 440 = 2 060 €
Attention au détail : le fourgon dégage une plus-value de 3 600 € (12 000 - 8 400), tandis que la nacelle dégage une moins-value de 1 540 € (7 500 - 9 040). Le solde net est bien de 2 060 €. Mais pour le régime des plus-values professionnelles (article 39 duodecies du CGI), chaque cession doit être analysée individuellement. La plus-value sur le fourgon est à court terme (bien détenu depuis moins de 2 ans d'amortissement restant), la moins-value sur la nacelle est également à court terme. Le traitement fiscal de chaque opération reste inchangé — c'est seulement la présentation comptable dans la liasse qui évolue.
Les erreurs à éviter absolument
Erreur n°1 : confondre l'ancien et le nouveau traitement
Si votre comptabilité a été tenue toute l'année 2025 avec les anciens comptes 675/775 et que la bascule vers le nouveau plan de comptes n'a pas été faite, vous risquez des incohérences dans la liasse. Certains logiciels ont géré la transition automatiquement via une mise à jour au 1er janvier 2025. D'autres nécessitent un paramétrage manuel. Vérifiez.
Erreur n°2 : oublier les cessions de faible montant
Un ordinateur vendu 200 € sur Leboncoin, c'est une cession d'immobilisation. Un meuble de bureau donné à un salarié, c'est une sortie d'actif à valoriser. Ces "petites" opérations sont souvent oubliées. Elles doivent pourtant figurer dans les lignes F1/G1 et dans le tableau des immobilisations.
Erreur n°3 : ne pas réconcilier les tableaux
L'administration va croiser les données. Le montant en G1 (VNC des immobilisations cédées) doit correspondre exactement aux sorties figurant dans le tableau des immobilisations (2054 ou 2033-C). Si les chiffres ne collent pas, attendez-vous à une demande de renseignements. Pas forcément un contrôle fiscal, mais une lettre de l'administration qui vous demandera d'expliquer l'écart. Ça fait perdre du temps et ça stresse inutilement.
Erreur n°4 : déposer après le 20 mai
La pénalité de retard est de 10 % du montant de l'impôt dû (article 1728 du CGI) en l'absence de mise en demeure préalable, et 40 % après mise en demeure. Pour une PME qui doit 50 000 € d'IS, une majoration de 10 % représente 5 000 €. Autant dire que le 20 mai n'est pas une date indicative.
Le calendrier précis à respecter
Pour un exercice clos au 31 décembre 2025 :
- Avant le 20 mai 2026 : dépôt de la liasse fiscale par télétransmission (mode EDI-TDFC ou EFI)
- Même date : paiement du solde de l'IS (ou de l'IR pour les entreprises à l'IR, en cas de BIC/BNC)
- Avant le 30 juin 2026 : dépôt des comptes annuels au greffe du tribunal de commerce (pour les sociétés commerciales)
Si votre exercice ne coïncide pas avec l'année civile, la date limite est fixée au dernier jour du 3ème mois suivant la clôture, plus 15 jours de délai pour la télétransmission. Par exemple, pour un exercice clos au 31 mars 2026, la date limite serait le 15 juillet 2026.
Faut-il un expert-comptable pour remplir cette liasse ?
Légalement, non. Aucun texte n'impose le recours à un expert-comptable pour établir la liasse fiscale. Beaucoup de micro-entrepreneurs et de petites entreprises en régime simplifié remplissent eux-mêmes leur déclaration 2033.
Mais cette année, avec les 313 nouvelles cases et les changements liés au règlement ANC 2022-06, je recommande fortement de se faire accompagner si vous n'êtes pas à l'aise avec la comptabilité. Une erreur dans les nouvelles lignes F1/G1 peut déclencher un contrôle de cohérence automatisé par l'administration. Les algorithmes de la DGFiP croisent de plus en plus systématiquement les données de la liasse entre elles. Un écart inexpliqué entre le tableau des immobilisations et le compte de résultat, c'est un signal d'alerte automatique.
En revanche, si votre entreprise n'a réalisé aucune cession d'immobilisation en 2025, l'impact des nouvelles lignes sera minime (elles resteront à zéro). Les 313 cases supplémentaires ne vous concerneront que partiellement. Dans ce cas, un logiciel comptable à jour fera le travail.
Anticiper 2027 : la liasse fiscale continuera d'évoluer
Ne vous y trompez pas : le millésime 2025 n'est que le début. Le règlement ANC 2022-06 a aussi modifié le traitement des subventions d'investissement et des provisions réglementées. Ces changements, déjà applicables comptablement, n'ont pas encore été intégralement reflétés dans les formulaires fiscaux. La liasse 2026 (à déposer en mai 2027) devrait comporter de nouvelles adaptations.
Par ailleurs, la facturation électronique obligatoire à partir de septembre 2026 va progressivement modifier les flux de données entre les entreprises et l'administration. À terme, une partie des informations aujourd'hui déclarées via la liasse sera alimentée automatiquement par les données de facturation et d'e-reporting. Mais on n'y est pas encore.
Bref, si la paperasse administrative vous semblait stable et prévisible, préparez-vous à quelques années de turbulences. L'administration modernise ses outils, et les formulaires suivent. La meilleure stratégie reste de maintenir une comptabilité rigoureuse tout au long de l'année plutôt que de tout rattraper en avril.
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