MaPrimeRénov' : le décret du 25 août supprime 6 gestes aidés, ce que les artisans doivent changer dans leurs devis
Trois textes publiés au JO du 27 août, applicables cinq jours plus tard
Il y a des décrets qu'on voit venir pendant deux ans et qui tombent quand même au mauvais moment. Celui-là en fait partie. Le décret n° 2026-822 du 25 août 2026, accompagné de deux arrêtés du même jour, a été publié au Journal officiel le 27 août. Entrée en vigueur : le 1er septembre 2026, pour toutes les demandes de prime déposées à compter de cette date.
Cinq jours entre la publication et l'application, en pleine période de congés. Pour un artisan qui avait trois devis d'isolation de combles en attente de signature, c'est court. Très court.
Sur le fond, le mouvement n'a rien d'une surprise : l'administration recentre MaPrimeRénov' sur la sortie des énergies fossiles et sur les rénovations globales depuis plusieurs exercices. L'isolation des murs avait déjà quitté le parcours par geste le 1er janvier 2026. Ce décret termine le travail.
Ce qui disparaît exactement du parcours par geste
Le texte supprime les forfaits correspondant à six familles de travaux lorsqu'ils sont réalisés seuls :
- L'isolation — combles, toitures, planchers bas, et ce qui restait de l'isolation des parois.
- Les fenêtres et parois vitrées — le remplacement de menuiseries en geste isolé n'est plus aidé.
- Les systèmes de ventilation — la VMC simple ou double flux installée seule sort du dispositif.
- Les équipements de chauffage ou d'eau chaude au bois et autres biomasses — poêles, inserts, chaudières bois en geste seul.
- Les pompes à chaleur dédiées uniquement à la production d'eau chaude sanitaire — le chauffe-eau thermodynamique.
- Le solaire thermique et les capteurs hybrides, hors outre-mer — chauffe-eau solaire individuel et systèmes solaires combinés.
Il reste donc trois gestes finançables individuellement : la pompe à chaleur de chauffage, le raccordement à un réseau de chaleur, et la dépose de cuve à fioul. Trois. Sur une quinzaine il y a deux ans.
Pour la pompe à chaleur air/eau, les montants restent d'ailleurs très soutenus : en cumulant MaPrimeRénov' et la prime CEE, un ménage aux ressources très modestes peut approcher 10 800 EUR d'aide. C'est là que l'État met son argent, et le message est difficile à rater.
Les deux prolongations passées inaperçues
Le décret contient aussi deux mesures qui vont dans l'autre sens, et dont on parle beaucoup moins. D'abord, l'accès au parcours par geste reste ouvert aux logements classés F et G en France métropolitaine jusqu'au 31 décembre 2027. Ensuite, l'obligation de fournir un diagnostic de performance énergétique est reportée au 1er janvier 2028 en métropole.
Autrement dit : si votre client habite une passoire thermique classée F ou G, la porte n'est pas complètement fermée. Vérifiez systématiquement l'étiquette avant de dire à un prospect que son projet n'est plus finançable. J'ai déjà vu, en dix jours, deux artisans renoncer à un chantier qui restait parfaitement éligible.
L'impact sur le carnet de commandes, en chiffres
Prenons le cas de Karim, menuisier à Montpellier, quatre salariés, un chiffre d'affaires annuel autour de 480 000 EUR. Sur son activité, environ 35 % des chantiers de remplacement de fenêtres chez les particuliers étaient décidés grâce à MaPrimeRénov'. Pas financés intégralement — décidés. La nuance est essentielle : l'aide ne couvrait souvent que 15 à 25 % du devis, mais c'est elle qui faisait basculer le client.
Un chantier type chez lui : 6 fenêtres PVC double vitrage, 8 400 EUR TTC, dont environ 1 500 EUR de MaPrimeRénov' pour un ménage aux revenus intermédiaires. Retirez les 1 500 EUR et le client reporte à l'an prochain. Karim estime son exposition à 60 000 ou 70 000 EUR de commandes annuelles. Ce n'est pas une faillite, c'est un trou dans le planning du printemps.
Même logique chez les plaquistes et les isolateurs, avec une exposition souvent supérieure, parce que l'isolation des combles en geste seul représentait pour certains la moitié du carnet.
Ce qui compte, c'est la date de dépôt de la demande de prime, pas la date de signature du devis. Un client qui a signé le 20 août mais n'a déposé son dossier que le 3 septembre relève des nouvelles règles. Si votre devis mentionnait un montant d'aide, vous êtes exposé à une contestation. Reprenez contact avec les clients concernés et écrivez-leur — une trace écrite vaut mieux qu'un appel oublié.
La rénovation d'ampleur : la nouvelle voie obligatoire
Ces travaux ne sont pas sortis du dispositif. Ils ont changé de porte d'entrée. L'isolation, les fenêtres, la VMC restent finançables — dans le parcours « rénovation d'ampleur », qui suppose :
- au moins deux gestes d'isolation thermique dans le bouquet de travaux ;
- un gain minimum de deux classes au diagnostic de performance énergétique ;
- l'accompagnement obligatoire par un Accompagnateur Rénov' (le fameux MAR), avec passage par un conseiller France Rénov' en amont ;
- un audit énergétique préalable et un projet de travaux cohérent.
Sur le terrain, ce parcours change complètement le métier. Vous ne vendez plus une prestation, vous participez à un projet piloté par un tiers. Les délais s'allongent — comptez trois à six mois entre le premier contact et le démarrage du chantier, contre trois semaines pour un geste seul. La trésorerie de l'entreprise doit encaisser ce décalage.
Et puis il y a le sujet du lotissement des travaux entre plusieurs corps de métier. Un bouquet à deux gestes d'isolation plus un changement de chauffage, c'est souvent trois entreprises différentes. Celui qui sait se positionner comme mandataire ou coordonner les autres prend une longueur d'avance. À mon sens, c'est le vrai enjeu des dix-huit prochains mois pour les artisans de la rénovation.
Les CEE : la roue de secours à ne pas négliger
Ce n'est pas tout. Les certificats d'économie d'énergie n'ont pas disparu, et ils restent mobilisables sur des gestes seuls — y compris ceux qui sortent de MaPrimeRénov'. Un client qui isole ses combles sans autre travaux peut toujours obtenir une prime CEE, dont le montant varie selon l'obligé, la zone climatique et les revenus du ménage.
Pour 100 m² de combles perdus chez un ménage modeste, on tourne fréquemment entre 800 et 1 800 EUR selon l'opérateur. Ce n'est pas MaPrimeRénov', mais ce n'est pas rien non plus quand il s'agit de sauver une signature.
Ce que je recommande aux artisans que j'accompagne : nouez une relation directe avec deux ou trois mandataires CEE sérieux, et intégrez systématiquement une estimation de prime CEE dans vos propositions. Cela vous évite de renvoyer le client vers un dispositif qu'il ne connaît pas et dont il ne fera rien.
Réécrire ses devis, dès cette semaine
Premier point, le plus urgent : purgez vos modèles de devis de toute mention de montant d'aide sur les gestes supprimés. Un devis qui annonce « MaPrimeRénov' estimée : 1 400 EUR » sur un remplacement de fenêtres en geste seul, c'est une réclamation qui arrive dans trois mois.
Deuxième point : la formulation. Écrivez ce que vous savez, pas ce que vous espérez. Une phrase du type « Montant d'aide donné à titre indicatif, sous réserve de l'éligibilité du dossier et des textes en vigueur à la date de dépôt de la demande. Le montant définitif est notifié par l'Anah » vous protège. Ce n'est pas de la paperasse défensive, c'est du bon sens commercial.
Troisième point : votre qualification RGE. Elle reste la condition d'accès à MaPrimeRénov' comme aux CEE. Si votre certification arrive à échéance dans les six mois, ne laissez pas traîner le renouvellement — les organismes certificateurs sont chargés à l'automne, et une qualification expirée bloque l'ensemble des dossiers de vos clients.
1. Quelle est l'étiquette DPE actuelle du logement ? (F et G gardent l'accès au parcours par geste jusqu'à fin 2027.) 2. Le projet peut-il être élargi à un deuxième geste pour basculer en rénovation d'ampleur ? 3. Le ménage a-t-il déjà été contacté par un Accompagnateur Rénov' ? Ces trois réponses déterminent votre argumentaire commercial et le calendrier du chantier.
Ce que je conseille, concrètement
Ne subissez pas ce décret, servez-vous-en. Les clients sont perdus — les articles de presse de fin août ont largement titré sur « la fin de MaPrimeRénov' », ce qui est faux et ce qui crée un espace pour l'artisan capable d'expliquer clairement la situation.
Le professionnel qui prend vingt minutes au téléphone pour dire « votre projet reste finançable, voici comment, et voilà ce que ça change pour vous » gagne une crédibilité que le concurrent qui répond « ils ont tout supprimé, je n'y comprends plus rien » n'aura jamais.
Deuxième recommandation : sécurisez votre trésorerie avant le creux du printemps. Si vous anticipez une baisse d'activité sur le premier trimestre 2027, c'est maintenant qu'il faut en parler à votre banque, pas en février avec trois échéances de crédit-bail devant vous.
Troisième recommandation : facturez plus vite. Ça paraît sans rapport, ça n'en a aucun avec le décret, et pourtant c'est le levier le plus efficace dont vous disposez. Beaucoup d'artisans que j'accompagne éditent leurs factures de fin de chantier avec deux à trois semaines de retard. Sur un carnet de commandes qui se tend, ces trois semaines sont exactement la marge de manoeuvre qui manque.
Bref, le marché de la rénovation ne disparaît pas. Il se déplace vers des projets plus lourds, plus longs, mieux accompagnés — et vers les pompes à chaleur. Ceux qui adaptent leur offre et leur organisation administrative passeront l'année. Les autres attendront un décret qui ne viendra pas.
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