Nouveau code APE : il vous reste quatre mois pour vérifier celui que l'Insee vous a attribué
Un code qui va changer sans que personne ne vous écrive
Posez la question à dix dirigeants de TPE : « connaissez-vous votre code APE ? » Huit vous répondront un numéro approximatif. Posez la suivante : « savez-vous qu'il change le 1er janvier 2027 ? » Neuf vous regarderont bizarrement.
C'est pourtant l'un des changements administratifs les plus larges de la décennie, par le nombre d'entreprises touchées : toutes. Sociétés, associations employeuses, professions libérales, micro-entrepreneurs. Toute unité inscrite au répertoire Sirene se verra attribuer un nouveau code APE au 1er janvier 2027, avec le passage à la nomenclature NAF 2025.
La bonne nouvelle : vous pouvez déjà voir le vôtre. La moins bonne : la fenêtre pour le faire corriger se referme avec l'année 2026. Nous sommes en août. Faites le calcul.
NAF 2025 : la première révision depuis 2008
La Nomenclature d'activités française n'avait pas bougé depuis 2008. Dix-huit ans. Autant dire qu'elle décrit une économie qui n'existe plus tout à fait : pas de place claire pour les plateformes numériques, une vision datée de la rénovation énergétique, des activités de services regroupées dans des cases fourre-tout.
La NAF 2025 a été adoptée par l'Insee en décembre 2023, approuvée par Eurostat en mai 2024, puis officialisée par décret le 31 juillet 2025. Elle s'inscrit dans une révision internationale d'ensemble : la NACE au niveau européen, la CITI au niveau mondial. Ce n'est pas une lubie française, c'est un alignement statistique.
Ce qui ne change pas
Le format reste identique : cinq caractères, quatre chiffres correspondant au code européen et une lettre finale spécifique à la France. Vos habitudes de saisie ne bougent pas. Et le nouveau code, en lui-même, ne crée ni droit ni obligation supplémentaire par rapport à l'ancien. C'est la formulation officielle de l'Insee, et elle est exacte.
Nous verrons plus loin pourquoi elle est aussi trompeuse en pratique.
Le calendrier réel
- 2026 : année de transition. Le répertoire Sirene affiche à la fois votre code APE actuel et votre futur code en NAF 2025. Seul l'ancien reste officiel.
- Pendant toute l'année 2026 : vous pouvez consulter votre futur code sur sirene.gouv.fr et en demander la rectification via un formulaire en ligne.
- 1er janvier 2027 : la NAF 2025 devient la référence officielle d'attribution des codes APE.
- Jusqu'en 2029 : intégration progressive dans les productions statistiques.
Notez la nuance qui fait toute la différence : la bascule est automatique, silencieuse, et repose sur une table de passage qui traduit mécaniquement votre ancien code en nouveau code. Personne ne vous appellera pour vérifier que ça colle à votre activité.
Où voir votre futur code, concrètement
Rendez-vous sur sirene.gouv.fr, saisissez votre numéro SIREN, et le répertoire vous affiche vos établissements avec, pour chacun, le code APE actuel et le futur code en NAF 2025.
Trois minutes. Vraiment. Et faites-le pour chaque établissement, pas seulement pour le siège : une entreprise avec un atelier et un point de vente peut avoir deux codes distincts, donc deux traductions à contrôler.
Ce que vous devez regarder, ce n'est pas la ressemblance des libellés. C'est la question suivante : le nouveau libellé décrit-il bien mon activité principale, celle qui génère le plus de chiffre d'affaires aujourd'hui ? Pas celle de 2019. Celle d'aujourd'hui.
« Le code APE ne crée aucun droit » — et pourtant
Juridiquement, l'affirmation est solide. Le code APE est une donnée statistique attribuée par l'Insee, pas un titre. En pratique, il sert de raccourci à une quantité d'acteurs qui n'ont pas le temps d'examiner votre activité réelle.
La convention collective
Beaucoup d'entrepreneurs ignorent que la convention collective applicable dépend de l'activité réelle de l'entreprise, pas du code APE. La jurisprudence est constante là-dessus. Mais quand un inspecteur du travail, un salarié en litige ou un conseil de prud'hommes cherche un point de départ, il regarde le code APE. Et vous vous retrouvez à devoir démontrer, pièces en main, que votre activité principale n'est pas celle qu'indique votre fiche Sirene.
J'ai suivi ce dossier chez un client : une entreprise immatriculée en travaux de peinture qui avait basculé, en cinq ans, vers l'isolation thermique par l'extérieur à 70 % de son chiffre d'affaires. Code APE jamais mis à jour. Un contentieux prud'homal sur la classification d'un salarié a coûté dix-huit mois de procédure, dont une bonne partie consacrée à établir l'activité réelle. Un code juste aurait fait gagner un an.
Le taux AT/MP
Le taux de cotisation accidents du travail et maladies professionnelles est déterminé par la nature de l'activité, via le code risque attribué par la Carsat. Ce code risque n'est pas le code APE, mais les deux se parlent. Une reclassification NAF mal traduite peut déclencher une révision du code risque, et un écart de 1,5 point sur une masse salariale de 250 000 € représente 3 750 € par an. Ce n'est pas anecdotique pour une entreprise de dix salariés.
Les aides, les appels d'offres, la banque
La liste est longue et très concrète :
- L'éligibilité à certaines aides sectorielles et subventions régionales, souvent définies par listes de codes NAF.
- Le rattachement à un OPCO pour la formation professionnelle.
- Les allotissements et critères de candidature de certains marchés publics.
- Le scoring bancaire et assurantiel : votre secteur d'activité déclaré pèse sur votre notation, sur le coût de votre découvert, parfois sur votre prime de RC professionnelle.
- Les dispositifs d'exonération zonée, qui excluent certaines activités par référence à la nomenclature.
Bref, un code qui « ne crée aucun droit » et qui conditionne dans les faits une dizaine de décisions par an. À mon sens, c'est le décalage le plus mal compris de toute cette réforme.
Le vrai piège : l'erreur ancienne qui se recopie
Voici le point que je répète à tous mes clients depuis six mois, et il justifie à lui seul les trois minutes de vérification.
La table de passage part de votre code actuel. Si ce code est faux — parce que votre activité a évolué, parce que la déclaration initiale était approximative, parce que le formaliste avait coché la case la plus proche il y a huit ans — alors la bascule va traduire fidèlement une erreur. Vous ne partez pas d'une page blanche. Vous partez de votre historique.
Et c'est là que ça se complique : une fois le nouveau code officiel au 1er janvier 2027, corriger devient une démarche de modification classique, avec les délais et la lourdeur habituels. Pendant l'année 2026, la correction passe par un formulaire en ligne dédié, bien plus léger. Le confort administratif n'est pas le même du tout.
Une entreprise qui fait 55 % de plomberie et 45 % de dépannage-maintenance n'a qu'un code APE, celui de l'activité principale. Si votre répartition a basculé et que vous n'avez rien signalé, votre code décrit désormais votre activité secondaire. La bascule NAF 2025 va figer ça pour les années qui viennent.
Les trois profils qui doivent vérifier en priorité
Si vous devez arbitrer votre temps, concentrez-vous sur ces situations. Ce sont celles où je trouve le plus d'écarts.
- Vous avez changé d'activité dominante depuis votre immatriculation. Le cas typique : l'artisan qui a glissé du neuf vers la rénovation énergétique, le graphiste devenu développeur web, le commerçant physique passé majoritairement en vente en ligne. La bascule est le bon moment pour remettre les pendules à l'heure.
- Vous exercez une activité récente ou hybride. Conseil numérique, services à la personne, économie circulaire, données : ce sont précisément les secteurs que la NAF 2025 a redécoupés. Un code pertinent en 2008 peut se traduire dans une case nouvelle qui ne vous ressemble pas.
- Vous dépendez d'aides, d'appels d'offres ou d'exonérations sectorielles. Là, une erreur ne coûte pas de l'ennui administratif : elle coûte un dossier refusé.
Comment demander une rectification
La démarche se fait en ligne, sur le site de l'Insee, via le formulaire dédié à l'expertise du code APE. Vous exposez votre activité réelle et demandez un réexamen.
Ce que je conseille de préparer avant de remplir le formulaire, parce que ça change le taux de succès :
- Une répartition chiffrée de votre chiffre d'affaires par nature d'activité sur le dernier exercice clos. Un tableau, trois lignes, des pourcentages. C'est l'argument le plus fort.
- Deux ou trois factures représentatives de l'activité que vous estimez principale.
- Le libellé exact du code NAF 2025 que vous jugez pertinent, avec sa référence. Prenez-le dans la structure NAF 2025 publiée par l'Insee, en PDF ou en tableur, et servez-vous des tables de passage NAF rév. 2 vers NAF 2025.
- Votre objet social à jour, si vous êtes en société. Un objet social qui contredit le code demandé affaiblit la demande.
Comptez quelques semaines de traitement. D'où l'intérêt de déposer en septembre plutôt qu'en décembre : plus la fin d'année approche, plus le flux de demandes augmente.
Ce qu'il faudra changer chez vous, une fois le code arrêté
La bascule du 1er janvier 2027 est automatique côté administration. Chez vous, elle ne l'est pas. Les points à balayer :
- Votre logiciel de facturation et de gestion, si vous y avez saisi le code APE dans la fiche entreprise.
- Vos modèles de documents : devis, conditions générales, contrats-cadres, dossiers de candidature type.
- Vos déclarations sociales, où le code figure parfois en donnée de paramétrage.
- Vos fiches fournisseurs chez vos clients grands comptes. Ceux qui gèrent un référentiel fournisseurs strict vous demanderont une attestation à jour.
- Votre extrait Kbis ou votre avis de situation Sirene, à retélécharger début 2027 pour vos dossiers.
Un point de vigilance sur la cohérence : votre avis de situation Sirene, votre inscription au Registre national des entreprises et votre extrait Kbis doivent raconter la même histoire. Les écarts entre ces documents sont une source classique de rejets sur les dossiers d'aide et les candidatures aux marchés publics.
Mon calendrier pour les mois qui restent
- Cette semaine : consultez sirene.gouv.fr, notez le code actuel et le futur code de chaque établissement dans un fichier daté. Trois minutes par établissement.
- D'ici fin septembre : comparez le nouveau libellé à votre répartition réelle de chiffre d'affaires. Si l'écart est net, déposez la demande d'expertise.
- Octobre : parlez-en à votre expert-comptable. Il gère souvent plusieurs dizaines de dossiers et voit tout de suite si votre code est incohérent avec vos comptes.
- Novembre-décembre : préparez la mise à jour de vos documents et de votre paramétrage logiciel, pour l'appliquer début janvier sans y penser.
Je termine par une remarque un peu personnelle. Cette réforme est l'exemple parfait du changement administratif indolore qui devient coûteux par pure inertie. Rien ne vous oblige à faire quoi que ce soit : votre code changera tout seul, votre entreprise continuera de tourner, et dans 90 % des cas la traduction sera juste. Le problème, ce sont les 10 % restants — et ceux-là ne s'en apercevront qu'au moment où un dossier d'aide sera refusé ou qu'un litige social démarrera. Trois minutes sur sirene.gouv.fr, c'est probablement le meilleur rapport temps investi / risque évité de votre été.
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