RE2020 : l'extension aux bâtiments tertiaires et industriels entre en vigueur le 1er mai 2026
Un décret qui change la donne pour le tertiaire et l'industriel
Depuis son entrée en vigueur en 2022, la RE2020 ne concernait que les logements neufs et quelques bâtiments de bureaux ou d'enseignement. Le reste du parc — hôtels, commerces, entrepôts, cliniques, locaux artisanaux — échappait à la réglementation environnementale. C'est terminé.
Le décret n°2026-16 du 15 janvier 2026, publié au Journal officiel le 17 janvier, étend massivement le périmètre de la RE2020. À compter du 1er mai 2026, treize nouvelles catégories de bâtiments devront respecter des exigences de performance énergétique et environnementale dès le dépôt du permis de construire ou de la déclaration préalable. Ce n'est pas une annonce lointaine : dans moins de deux mois, les règles du jeu changent pour une grande partie de la construction neuve en France.
Sur le terrain, beaucoup d'artisans et de petites entreprises du bâtiment n'ont pas encore mesuré l'impact de ce texte. Et c'est là que ça se complique.
Quels bâtiments sont désormais concernés ?
La liste est longue, et c'est bien ce qui rend ce décret si structurant. Voici les principales catégories ajoutées :
- Hôtels et hébergements touristiques (résidences de tourisme, villages vacances)
- Commerces (surfaces de vente, centres commerciaux)
- Restaurants et débits de boissons
- Établissements de santé (cliniques, EHPAD, maisons de santé)
- Bâtiments universitaires et de recherche
- Aérogares et gares
- Bâtiments industriels et artisanaux
- Entrepôts et locaux logistiques
- Salles de sport et équipements sportifs couverts
Autrement dit, quasiment tous les bâtiments neufs sont désormais dans le périmètre. Le message de l'administration est clair : la transition écologique du bâtiment ne peut plus se limiter au logement.
Ce qui reste exclu
Quelques exceptions subsistent, et elles ont leur logique :
- Les bâtiments soumis à des contraintes très spécifiques de température, d'hygrométrie ou de qualité de l'air (chambres froides industrielles, data centers de grande puissance...)
- Les constructions temporaires d'une durée inférieure à deux ans
- Les bâtiments dont la surface est inférieure à 50 m²
- Les extensions inférieures à 150 m² et représentant moins de 30 % de la surface existante
Prenons un cas concret. Vous êtes maçon et on vous demande de construire un atelier artisanal de 120 m² pour un menuisier. Surface supérieure à 50 m², construction neuve, usage artisanal : la RE2020 s'applique. Si le permis de construire est déposé après le 1er mai 2026, le projet devra respecter l'ensemble des indicateurs réglementaires. En revanche, une extension de 40 m² sur un local existant de 200 m² (soit 20 % de la surface) resterait exclue.
Les indicateurs à maîtriser : Bbio, Cep, DH, Ic
La RE2020 repose sur six indicateurs principaux. Si vous travaillez déjà sur des logements neufs, vous les connaissez. Sinon, voici l'essentiel :
Le Bbio : besoin bioclimatique
C'est la performance intrinsèque du bâtiment, avant même qu'on y installe un système de chauffage ou de climatisation. Le Bbio mesure les besoins en chauffage, refroidissement et éclairage. Plus il est bas, mieux c'est. En pratique, cela pousse à travailler sur l'isolation, l'orientation, la compacité du bâtiment et les apports solaires. Pour un artisan, ça signifie des exigences plus strictes sur la qualité de mise en œuvre de l'enveloppe.
Le Cep et le Cep,nr : consommation d'énergie primaire
Le Cep mesure la consommation d'énergie primaire totale du bâtiment. Le Cep,nr se concentre sur la part non renouvelable. L'objectif est double : réduire la consommation globale et favoriser les énergies renouvelables. Pour un commerce ou un restaurant, ça implique de repenser les systèmes de ventilation, de chauffage et d'éclairage dès la conception.
Le DH : degrés-heures d'inconfort estival
Cet indicateur mesure le confort d'été sans recours à la climatisation. Avec les vagues de chaleur qui se multiplient, c'est un sujet brûlant — au sens propre. Un entrepôt logistique mal conçu peut devenir une fournaise dès juin. La RE2020 impose de penser le confort d'été dès la conception : protections solaires, inertie thermique, ventilation naturelle.
L'Ic énergie et l'Ic construction : l'empreinte carbone
C'est la grande nouveauté de la RE2020 par rapport à l'ancienne RT2012. On ne regarde plus seulement la performance énergétique : on mesure aussi l'impact carbone. L'Ic énergie porte sur les émissions liées à la consommation d'énergie sur 50 ans. L'Ic construction porte sur les émissions liées aux matériaux, au transport, à la mise en œuvre et au chantier lui-même.
Concrètement, ça veut dire quoi pour un artisan ? Que le choix des matériaux compte dans le calcul réglementaire. Utiliser du béton bas carbone, du bois, de la brique de terre cuite plutôt que du béton classique peut faire basculer un projet du côté conforme. L'expérience montre que les bureaux d'études thermiques intègrent de plus en plus ces paramètres dans leurs préconisations, et que les artisans qui maîtrisent ces sujets ont un avantage concurrentiel réel.
Quel impact pour les artisans et petites entreprises du BTP ?
Soyons directs : cette extension de la RE2020 va complexifier les chantiers. Pas forcément les rendre plus difficiles techniquement, mais les rendre plus exigeants en termes de coordination et de documentation.
Plus de bureaux d'études thermiques
Pour chaque projet soumis à la RE2020, une étude thermique et environnementale est obligatoire. Elle doit être réalisée par un bureau d'études spécialisé et produite avant le dépôt du permis de construire. Pour les artisans qui travaillent en direct avec des particuliers ou des petits investisseurs, c'est un coût supplémentaire à intégrer dans le devis. Comptez entre 1 500 et 4 000 € selon la complexité du projet.
Ce que je recommande à mes clients du BTP : intégrez systématiquement cette ligne dans vos devis dès maintenant, même pour des projets dont le permis sera déposé après mai 2026. Mieux vaut prévenir un client en amont que lui annoncer un surcoût en cours de route.
Des exigences sur les matériaux
L'indicateur Ic construction pousse vers des matériaux à faible empreinte carbone. Bois, biosourcés, béton bas carbone, réemploi. Pour un charpentier ou un menuisier, c'est plutôt une bonne nouvelle : la demande pour les constructions bois va mécaniquement augmenter. Pour un maçon traditionnel, c'est un signal fort pour se former aux techniques mixtes (bois-béton, terre-paille, etc.).
Selon la Fédération Française du Bâtiment (FFB), le secteur tertiaire et industriel représente environ 40 % des surfaces construites chaque année en France. L'extension de la RE2020 à ces bâtiments va donc concerner une part massive des chantiers neufs dès le second semestre 2026.
Le test d'étanchéité à l'air
En logement, le test d'étanchéité à l'air en fin de chantier est déjà une habitude. Pour les bâtiments tertiaires et industriels, c'est une relative nouveauté. Les artisans qui interviennent sur l'enveloppe (menuisiers, plaquistes, électriciens) vont devoir être encore plus vigilants sur la qualité de pose. Un joint mal réalisé, une gaine électrique non étanchée, et c'est le test qui échoue. Résultat ? Un chantier bloqué, des reprises coûteuses et un client mécontent.
La directive européenne derrière tout ça
Ce décret n'est pas un caprice français. Il répond à la directive européenne (UE) 2024/1275 sur la performance énergétique des bâtiments, qui impose aux États membres de soumettre l'ensemble de la construction neuve à des exigences carbone. La France avait déjà pris de l'avance avec la RE2020 sur le logement. Elle complète maintenant le dispositif pour le tertiaire et l'industriel.
Beaucoup d'entrepreneurs ignorent que cette directive fixe aussi un cap à long terme : tous les bâtiments neufs devront être « zéro émission » à l'horizon 2030. La RE2020 actuelle n'en est que la première étape. Les seuils vont se durcir par paliers triennaux (2028, 2031...). Autrement dit, ce qui est conforme aujourd'hui ne le sera plus dans cinq ans. S'adapter maintenant, c'est prendre de l'avance.
Comment se préparer concrètement ?
Si vous êtes artisan ou dirigeant d'une entreprise du BTP, voici ce que je vous recommande de faire avant le 1er mai 2026 :
- Identifiez vos chantiers en cours et à venir : quels projets auront un dépôt de permis après le 1er mai ? Ce sont eux qui seront soumis aux nouvelles règles.
- Contactez votre bureau d'études thermiques habituel : vérifiez qu'il maîtrise les spécificités tertiaires et industrielles de la RE2020. Les calculs ne sont pas identiques à ceux du logement.
- Formez-vous : la CAPEB et la FFB proposent des formations courtes (1 à 2 jours) sur la RE2020 étendue. Certaines sont prises en charge par les OPCO du BTP (Constructys).
- Mettez à jour vos devis types : intégrez les coûts d'études thermiques, les éventuels surcoûts matériaux et le test d'étanchéité à l'air.
- Anticipez les approvisionnements : certains matériaux biosourcés ou bas carbone ont des délais de livraison plus longs. Ne vous faites pas surprendre.
Le décret n°2026-16 s'applique à tous les permis de construire et déclarations préalables déposés à compter du 1er mai 2026. Si votre client dépose son permis le 30 avril, l'ancien régime s'applique. Le 2 mai, c'est la RE2020 étendue. Anticipez vos plannings en conséquence.
Un virage, pas une catastrophe
Je ne vais pas vous mentir : cette extension de la RE2020 ajoute de la complexité. Mais elle crée aussi des opportunités. Les artisans qui maîtrisent la construction bas carbone, qui savent poser une isolation performante, qui travaillent avec des matériaux biosourcés, vont se démarquer. La RE2020, c'est aussi un argument commercial face à des maîtres d'ouvrage de plus en plus sensibles à l'empreinte environnementale de leurs bâtiments.
Et puis, soyons honnêtes : la plupart des bonnes pratiques exigées par la RE2020 (isolation continue, étanchéité à l'air, ventilation performante) sont déjà celles que tout professionnel sérieux applique. Le décret ne fait que les rendre obligatoires pour tout le monde. Ce qui n'est pas forcément une mauvaise chose quand on voit la qualité de certains chantiers...
Avec l'extension de la RE2020, vos devis et factures vont intégrer de nouvelles lignes : études thermiques, matériaux spécifiques, tests d'étanchéité. FactureLab vous permet de créer des modèles de devis adaptés au BTP, avec des lignes personnalisables, le calcul automatique de la TVA (y compris les taux réduits pour la rénovation), et l'export conforme pour la facturation électronique. Gagnez du temps sur l'administratif pour vous concentrer sur le chantier. Essayez gratuitement.